Biennale des Arts Numériques de Barcelone avec Molnar

Barcelone, Espagne

Vera Molnar, pionnière de l'art numérique : un héritage visionnaire au cœur de la première Biennale des Arts Numériques de Barcelone

De la géométrie algorithmique aux créations générées par ordinateur, Vera Molnar a profondément marqué l'histoire de l'art numérique. À l'occasion de la première Biennale des Arts Numériques de Barcelone, organisée entre novembre 2026 et mars 2027, retour sur le parcours d'une artiste visionnaire dont les recherches continuent d'inspirer la création contemporaine.

 

Vera Molnar, une artiste pionnière à la croisée de l'art et de l'informatique

Née en 1924 à Budapest et disparue en 2023 à Paris, Vera Molnar occupe une place essentielle dans l'histoire de l'abstraction géométrique et de l'art numérique. Bien avant que les technologies informatiques ne deviennent des outils familiers de création, elle avait compris leur potentiel artistique et leur capacité à renouveler profondément les relations entre art, mathématiques et programmation.

Formée à l'École des beaux-arts de Budapest, elle développe dès les années 1940 une recherche autour des formes géométriques élémentaires, des structures mathématiques et des systèmes de composition.

Carrés, lignes, grilles, cercles et figures répétitives deviennent les éléments d'un langage plastique personnel. Mais derrière cette apparente simplicité se cache une démarche expérimentale particulièrement novatrice.

Pour Vera Molnar, la géométrie n'est jamais figée. Elle constitue un terrain de recherche où l'ordre peut être perturbé, où la répétition engendre des différences et où une légère irrégularité suffit à transformer une composition.

 

L'informatique comme nouvel espace de création

L'une des grandes singularités de Vera Molnar réside dans sa capacité à anticiper les possibilités artistiques de l'informatique.

Dès 1959, elle imagine ce qu'elle appelle une « machine imaginaire », un ensemble de règles et d'instructions lui permettant de produire des variations systématiques à partir d'une composition initiale.

Cette méthode lui permet d'explorer méthodiquement les possibilités d'une forme, de modifier ses proportions, de déplacer ses éléments et d'introduire des perturbations volontaires.

En 1968, elle franchit une étape décisive en utilisant un véritable ordinateur pour réaliser ses expérimentations visuelles, au sein du laboratoire de psychologie expérimentale de la Sorbonne, à Paris.

L'ordinateur devient alors un instrument de création à part entière. Grâce à la programmation, elle peut multiplier les combinaisons, tester des hypothèses et explorer des territoires graphiques difficilement accessibles par les méthodes traditionnelles.

Il ne s'agit pourtant pas de déléguer la création à la machine. Vera Molnar conserve entièrement la maîtrise artistique de ses recherches. L'ordinateur est un outil au service de son imagination, de sa curiosité et de sa liberté d'expérimentation.

 

Le hasard et l'imperfection : une autre manière de penser la géométrie

Au cœur de son travail se trouve une question fondamentale : comment introduire de l'imprévu dans un système parfaitement ordonné ?

Vera Molnar aime partir de règles simples et les pousser jusqu'à leurs limites. Elle introduit volontairement des décalages, des irrégularités et des variations qui viennent perturber la logique initiale de ses compositions.

Cette démarche donne naissance à des œuvres où la rigueur mathématique rencontre une dimension sensible et poétique.

La série « (Des)Ordres », réalisée dans les années 1970, illustre particulièrement bien cette recherche. Les structures géométriques y sont soumises à des perturbations qui modifient progressivement leur apparence et leur équilibre.

L'accident n'est plus une erreur à corriger, mais une possibilité de création.

Cette réflexion trouve aujourd'hui un écho particulier dans les pratiques artistiques génératives, les créations algorithmiques et les expérimentations utilisant l'intelligence artificielle.

 

De Vera Molnar à l'art génératif contemporain

L'héritage de Vera Molnar dépasse largement le cadre historique de l'art informatique.

Son travail constitue l'une des références fondamentales pour comprendre le développement de l'art génératif, une pratique dans laquelle des règles, des algorithmes ou des programmes participent à la production des formes visuelles.

Elle a ouvert la voie à une nouvelle manière de concevoir l'œuvre d'art : non plus seulement comme un objet achevé, mais aussi comme le résultat d'un processus, d'une succession d'instructions et d'un ensemble de possibilités.

Cette approche trouve aujourd'hui des prolongements dans de nombreux domaines :

  • L'art génératif et algorithmique, qui utilise des programmes pour produire des compositions visuelles.
  • Les installations numériques interactives, qui font intervenir le spectateur dans l'évolution de l'œuvre.
  • Le design computationnel, qui explore les relations entre géométrie, programmation et création.
  • Les pratiques artistiques liées à l'intelligence artificielle, qui interrogent les relations entre intervention humaine et génération automatisée des images.

Vera Molnar avait ainsi anticipé certaines des grandes questions qui traversent aujourd'hui la création numérique : quelle est la place de l'artiste dans un processus automatisé ? Où commence et où s'arrête la création humaine ? Comment conserver une véritable liberté artistique au sein d'un système de règles ?

 

Barcelone inaugure sa première Biennale des Arts Numériques en 2026-2027

C'est dans ce contexte historique et artistique que Barcelone s'apprête à accueillir la première édition de sa Biennale des Arts Numériques.

Organisée de novembre 2026 à mars 2027, cette nouvelle manifestation internationale ambitionne de faire de Barcelone un lieu de référence pour la création numérique contemporaine.

Portée par la Ville de Barcelone, la Generalitat de Catalogne et la Barcelona Creativity & Design Foundation, avec le soutien du ministère espagnol de la Culture, la Biennale entend rapprocher artistes, chercheurs, institutions, entreprises et public.

Le Disseny Hub Barcelona (DHub) constitue le principal lieu d'accueil de cette première édition.

La manifestation est placée sous le commissariat général de Pep Salazar, spécialiste de la créativité numérique et directeur du festival OFFF.

Son programme associe plusieurs dimensions : expositions, rencontres professionnelles, réflexion critique et échanges internationaux.

 

« Vectors » : explorer les nouvelles frontières de l'art numérique

L'exposition « Vectors. Art digital per pensar el futur », programmée du 25 novembre 2026 au 14 mars 2027 au Disseny Hub Barcelona, constitue l'un des temps forts de cette première édition.

Commissariée par Irma Vilà i Òdena, elle propose une exploration de l'écosystème de l'art numérique contemporain à travers les pratiques d'artistes qui utilisent les technologies computationnelles pour imaginer de nouvelles formes de création.

Installations, œuvres audiovisuelles, art génératif et expérimentations technologiques permettent d'interroger les relations entre l'humain, la machine et le monde numérique.

L'exposition ne se limite pas à présenter les technologies comme de simples outils. Elle questionne également leurs conséquences, leurs infrastructures invisibles et leur influence sur notre manière de percevoir le monde.

Cette réflexion rejoint plusieurs des préoccupations fondamentales de Vera Molnar : la place des systèmes dans la création, les relations entre programmation et liberté, ainsi que les possibilités artistiques offertes par les nouvelles technologies.

Il convient toutefois de distinguer cette filiation artistique d'une éventuelle présentation de ses œuvres : sa participation à l'exposition « Vectors » n'est pas confirmée dans les informations officielles actuellement publiées.

 

Un symposium international pour penser l'avenir de la création numérique

Les 3 et 4 février 2027, le DHub accueillera également un symposium international consacré aux relations entre art, technologie, science, industrie et culture numérique.

Ces rencontres permettront d'aborder les nouveaux modèles de production artistique, la durabilité du secteur, les pratiques collaboratives et les transformations induites par les technologies.

Le 5 février 2027, la journée professionnelle « Circuit » prolongera cette dynamique en favorisant les échanges entre artistes, institutions, entreprises et acteurs de la création numérique.

Autant de rendez-vous qui s'inscrivent dans une réflexion sur l'évolution des pratiques artistiques et sur l'héritage des pionniers de l'art informatique.

 

Vera Molnar, une source d'inspiration pour les artistes d'aujourd'hui

La première Biennale des Arts Numériques de Barcelone offre une occasion particulière de revenir sur le parcours de Vera Molnar et sur la modernité de ses recherches.

À une époque où l'intelligence artificielle, les algorithmes et les technologies génératives occupent une place croissante dans la création artistique, son œuvre rappelle que les relations entre art et informatique ne sont pas récentes.

Dès les années 1960, elle explorait déjà les possibilités d'une création assistée par ordinateur, tout en affirmant la nécessité de conserver une intention artistique et une liberté de décision.

Son travail témoigne également d'une conviction essentielle : la technologie ne possède pas, à elle seule, de valeur créative. C'est le regard de l'artiste, sa capacité à définir des règles, à les détourner et à introduire de l'imprévu qui transforme un processus technique en démarche artistique.

Cette pensée conserve toute sa pertinence face aux mutations actuelles de la création numérique.

 

Un héritage toujours vivant

Vera Molnar appartient à cette génération d'artistes qui ont contribué à transformer durablement notre conception de l'œuvre d'art.

En faisant dialoguer mathématiques, géométrie, programmation et sensibilité, elle a ouvert des perspectives qui continuent d'alimenter les recherches des artistes contemporains.

La première Biennale des Arts Numériques de Barcelone, organisée en 2026 et 2027, s'inscrit dans cette histoire en proposant un espace de rencontre et de réflexion autour des nouvelles pratiques numériques.

Même en l'absence de confirmation d'une présentation de ses œuvres dans cette première édition, la pensée de Vera Molnar constitue une référence particulièrement pertinente pour comprendre les origines et les enjeux de cette création. Son parcours nous rappelle finalement que l'innovation artistique ne réside pas uniquement dans la maîtrise des nouvelles technologies, mais dans la capacité à les questionner, à les détourner et à leur donner une dimension poétique.

 


 

Informations pratiques

Événement : Première édition de la Barcelona Biennial of Digital Arts (Biennale des Arts Numériques de Barcelone)

Exposition principale : Vectors. Art digital per pensar el futur

Dates de l'exposition : Du 25 novembre 2026 au 14 mars 2027

Lieu principal : Disseny Hub Barcelona (DHub)

Adresse : Plaça de les Glòries Catalanes, 37-38, 08018 Barcelona, Espagne

Commissaire général de la Biennale : Pep Salazar

Commissaire de l'exposition Vectors : Irma Vilà i Òdena

Symposium international : 3 et 4 février 2027

Rencontre professionnelle Circuit : 5 février 2027

25.11.2026 → 14.03.2027